Bien des gens ont une image erronée du rôle d’un conseiller en placement dans leur structure financière. Souvent, ces derniers pensent que notre travail ressemble un peu à ce qu’ils voient dans les productions hollywoodiennes.

DESCRIPTION DU SUPERHÉROS

En effet, les gens pensent que le conseiller surveille continuellement les titres ou les fonds en portefeuille et que dès qu’il s’aperçoit qu’un investissement doit être changé, il contacte sur-le-champs le client pour apporter les modifications. Ils s’attendent aussi à ce que ces modifications surviennent plusieurs fois par année. De plus, ils pensent que nous serons en mesure de voir venir les crises d’avance et que nous pourrons alors liquider leurs investissements avant que ceux-ci ne baissent trop et que nous serons en mesure de réinvestir l’argent lorsque le bon moment sera venu.

Aussi, d’autres pensent que plus un conseiller gagne en expérience, plus il délaisse les fonds d’investissement pour se tourner vers les titres individuels ou encore les FNB sectoriels qu’il utilisera pour concocter une recette dont lui seul à le secret! Ce que ce conseiller fait semble si compliqué que vous pensez que ça doit être vraiment bon, car vous ne comprenez pas un traître mot de ce qu’il vous dit. Et la cerise sur le sundae, ce fameux conseiller réussira à vous donner plus de rendement en prenant moins de risque.

BULLSHITOMÈTRE

Wow! Voici la description du superhéros tant recherché par les clients. Honnêtement, si vous rencontrez un jour un conseiller qui vous laisse l’impression qu’il est doué d’un de ces super pouvoirs, l’aiguille de votre bulshitomètre devrait commencer à vaciller. La réalité, c’est que les meilleurs conseillers sont bien souvent payés à ne rien faire!

Bon, pas très vendeur comme phrase pour un gars qui gagne sa vie à faire ce métier! Honnêtement, c’est volontaire. Je m’amuse à la dire dans les séminaires d’investissement que je donne depuis quelque temps et la réaction que cette phrase suscite est tout simplement parfaite. Elle déstabilise les gens suffisamment pour capter toute leur attention.

Quand je dis qu’un bon conseiller est souvent payé à ne rien faire, je ne veux pas dire qu’il passe 6 mois par année en Floride et qu’il joue 300 parties de golf annuellement. Ce que je veux dire, c’est qu’il est généralement très passif, qu’il comprend bien le rôle qu’il joue à vos côtés et surtout, il est suffisamment humble pour savoir qu’il n’est pas doué des super pouvoirs décrits au début du texte. Honnêtement, vous êtes probablement d’agréable compagnie, mais s’il détenait ces pouvoirs, il ne perdrait pas son temps avec vous. Il serait aux Bahamas en train de boursicoter sur la plage tout en augmentant sa richesse à vitesse grand V.

RÔLE DU CONSEILLER

Voici en quoi consiste réellement notre travail :

    • Premièrement, vous donner du SERVICE. En effet, on doit être accessible et disponible pour vous donner le temps que vous avez besoin pour comprendre ce qui se passe avec vos placements et effectuer les transactions nécessaires.
    • Deuxièmement, VULGARISER. Ici, notre rôle est de prendre des concepts fiscaux parfois avancés ou des méthodes d’investissement parfois complexes et vous les expliquer le plus simplement du monde. Boileau disait la chose suivante : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ».
    • Ensuite, vous convaincre de NE RIEN FAIRE. Votre cerveau normalement constitué s’attend à ce que lorsqu’un investissement fonctionne moins bien ou baisse dramatiquement comme en 2008, une action soit nécessaire. Il faudrait, comme le veut la légende, sécuriser l’actif temporairement ou échanger votre investissement « Deux étoiles » pour un fonds « Cinq étoiles ». C’est une erreur, une grave erreur en fait. Souvent, des produits d’investissement produisent de mauvais rendements pour de bonnes raisons. Parfois, un style d’investissement a moins la cote sur les marchés, mais c’est souvent temporaire. Notez qu’ici j’utilise le mot temporaire en ayant en tête un horizon de 5 à 7 ans!
    • Vous éviter de prendre des décisions ÉMOTIVES. Honnêtement, voici l’aspect de mon travail qui m’aura pris le plus de temps à maîtriser. J’ai une formation en actuariat, mon cerveau était conditionné à tout voir en fonction de chiffres, bases de données et analyses poussées. Ce que je me suis rendu compte au fil du temps, c’est qu’on a un énorme rôle de psychologue financier à jouer auprès de vous.
    • Vous apprendre à penser en fonction du LONG TERME. J’ai souvent entendu des conseillers dirent qu’ils devaient souvent convaincre leur client de voir les choses sur un long horizon de placement. Curieusement par contre, cinq minutes après, les mêmes conseillers disaient que si un fonds ne donnait pas de rendement en dedans de deux ans, il le changeait. Trouvez l’erreur.

CHACUN SON RÔLE

Finalement, je vous dirais qu’il est important également pour un conseiller de bien comprendre son rôle. Je ne suis pas gestionnaire de fonds. Mon travail n’est pas de sélectionner des titres individuels dans un portefeuille. Ça ne le sera jamais. J’ai une excellente formation en actuariat et pourtant, je vous dis la chose suivante. Je n’ai pas la capacité ni les ressources temporelles, humaines et financières pour faire une meilleure sélection de titres qu’un vrai gestionnaire de portefeuille. En effet, ces derniers ont des analystes partout sur la planète pour produire des rapports détaillés des compagnies dans lesquelles ils investissent. Comme ils ne voient pas de clients, ils ont le temps de lire ces analyses. Pas moi. Même si je suis payé à ne rien faire, curieusement, le temps me manque pour ça!