Mardi matin, Gerry le Boursicoteur et Jeff Fillion parlaient de la valeur de l’action de Facebook. Ils disaient que ça ne faisait pas de sens que la capitalisation boursière de Facebook soit de plus de 230 milliards étant donné des profits de moins de 10 milliards de dollars. Cette discussion m’a inspiré ma chronique de mercredi ainsi que ce texte.

VALEUR VS CROISSANCE

En fait, s’il est vrai que plusieurs investisseurs se basent sur les profits courants des compagnies pour prendre leur décision d’investissement, ce n’est pas le cas de tous. Si on veut simplifier au maximum les styles de gestion de portefeuille, tout le monde va instinctivement classer les gestionnaires en deux catégories. Les gestionnaires qui optent pour un style « valeur » et ceux qui optent pour un style « croissance ». Évidemment, il existe plusieurs sous-groupes dans ces catégories, mais gardons le tout le plus simple possible. Ces deux styles de gestion connaissent, à des moments différents, leurs heures de gloire. Personnellement, je suis plus inspiré par le style valeur. Je trouve que c’est le style de gestion le plus lié à ce que l’on fait réellement en bourse, soit d’acheter une participation aux profits des entreprises. De plus, à mon avis, c’est le style qui permettra à l’investisseur de prendre de meilleures décisions au fil du temps. En effet, lorsque le marché baisse fortement, soit le moment où l’investisseur est le plus à risque de faire une gaffe en vendant ses actifs, le style valeur a tendance à mieux performer que le style croissance. Il est également moins volatil.

LE STYLE VALEUR

Dans la lignée des grands investisseurs du style valeur, on s’arrêtera sur des noms comme Benjamin Graham ou Warren Buffet. Au niveau canadien, on pensera à Stephen Jarislowsky ou de plus en plus à Daniel Dupont. À mon avis, les caractéristiques fondamentales d’un investisseur valeur sont sa discipline, son côté analytique et son humilité. Un bon investisseur valeur prendra beaucoup de temps à analyser la « valeur fondamentale » de la compagnie dans laquelle il veut investir (analyse), il dépliera les dollars seulement quand le marché sous-évaluera cette compagnie (discipline) et il comprendra qu’il n’a pas la capacité de prédire l’avenir, ce qui lui fera prendre des positions généralement plus défensives et très diversifiées (humilité). La métrique la plus utilisée dans ce style est le ratio cours-bénéfice (price earning ratio en anglais). Quand le marché est bien évalué, cette métrique se situe entre 8 et 20 pour différents types d’entreprises bien établies et propices à être qualifiées de Blue Chips. Par exemple, en date d’aujourd’hui, les actions de BMO (10), JP Morgan (9), Apple (12), Microsoft (16), Goldman Sachs (9), IBM (8.7), Pfizer (17), GE (17) se transigent dans cette fourchette.

LE STYLE CROISSANCE

Pour le style croissance, le gestionnaire tente plus de miser sur la croissance future de l’entreprise. C’est pour ça qu’une compagnie qui n’a jamais fait de profits peut valoir des milliards en bourse. C’est pour ça aussi qu’on voit des entreprises comme Facebook avec des ratios cours-bénéfice qui ne font aucun sens. C’est que le bénéfice de l’an passé n’est pas vraiment pris en considération par les investisseurs. On pense tripler, quintupler ou décupler ces profits au cours des prochaines années. Ces gestionnaires sont prêts à se tromper sur quelques titres qui peuvent carrément finir en faillite pour avoir la chance de sélectionner celui qui va être la perle rare. Le style croissance permet également de raconter de meilleures histoires d’investissement et il est plus sensible aux nouvelles financières. Généralement, il performe mieux que le style valeur en fin de cycle, quand les marchés commencent à être euphoriques. Lors des déclins boursiers par contre, attachez bien votre ceinture! Si on regarde de bons titres du style croissance présentement et leur ratio cours/bénéfice, on pense à Facebook (89), Six Flags (61), Chipotle (43), Lululemon (33), Netflix (238). On voit également qu’une compagnie comme Google (31) devra faire un jour la transition pour aller rejoindre les Apple et les Microsoft de ce monde. Présentement par contre, les investisseurs qui achètent Google pensent que la compagnie n’est pas encore allée au bout de son modèle de croissance et qu’elle ne s’est pas encore entièrement transformée en Blue Chips. Ça viendra…